« Nous voyons une fenêtre d’opportunités pour les relations entre la Russie et Madagascar » : entretien avec le chef de la mission diplomatique russe
La première visite officielle en Russie d’un chef d’État malgache depuis près de cinquante ans pourrait impulser un nouvel élan au développement des relations bilatérales de l’économie et de l’énergie à la coopération militaro-technique. Dans un entretien accordé à l’African Initiative, le chargé d’affaires par intérim de la Russie en République de Madagascar, Alexeï Buriak, a évoqué les perspectives de coopération, l’intérêt d’Antananarivo pour les BRICS, la participation éventuelle d’entreprises russes à des projets ainsi que la question d’une liaison aérienne directe.
Le président de la transition de Madagascar, Michaël Randrianirina, s’est récemment rendu en Russie. Quelle importance cette visite et les accords conclus à cette occasion ont-ils pour la dynamique des relations bilatérales ?
Tout d’abord, je voudrais souligner qu’il s’agit de la première visite officielle en Russie d’un chef d’État malgache depuis près d’un demi-siècle. Elle revêt une grande importance pour le développement futur des relations entre nos deux pays. Lors de sa visite, le président Randrianirina était accompagné d’une délégation assez impressionnante composée des chefs de ministères clés. Les discussions ont porté aussi bien sur la coopération politique que sur la coopération économique, des domaines qui présentent une importance pratique pour la mise en œuvre de projets.
Un large éventail de domaines de développement des relations bilatérales est actuellement à l’étude, notamment dans le prolongement des accords sur la coopération militaire et militaro-technique.
Par ailleurs, la mise en œuvre de l’accord signé en 2015 concernant le règlement de la dette de Madagascar envers la Fédération de Russie est en phase finale. Dans ce cadre, un fonds financier a été créé et pourra être utilisé pour financer des projets de développement sur le territoire malgache.

En outre, certaines perspectives existent pour l’établissement d’une coopération dans le secteur minier, l’agriculture, l’énergie ainsi que dans plusieurs autres domaines.
Le dirigeant de Madagascar a déclaré que le pays envisageait la possibilité de rejoindre les BRICS. Quelles sont, selon vous, les perspectives de cette initiative ?
L’intérêt de Madagascar pour ce groupement est tout à fait naturel, puisque les BRICS constituent l’un des principaux centres de l’économie et de la politique mondiales multipolaires. Ils rassemblent les plus grandes économies émergentes et proposent des mécanismes alternatifs de coopération internationale.
Nous avons effectivement pris note de la déclaration du chef de l’État concernant l’intention d’adhérer aux BRICS en tant que pays partenaire. Il existe une procédure spécifique pour obtenir ce statut et, autant que je sache, cette initiative a déjà été soutenue par l’Afrique du Sud. La décision devra être entérinée lors du prochain sommet de l’organisation.

Comme l’a déclaré le président de la Refondation de Madagascar, il s’agit avant tout d’obtenir un accès à de nouveaux formats de coopération économique et d’investissement, ainsi que de diversifier les partenariats internationaux. Madagascar mène actuellement une politique équilibrée et cherche, sans rompre ses liens avec ses partenaires traditionnels, à établir de nouvelles relations. Dans ce contexte, nous considérons la visite du président de la Refondation de Madagascar en Russie comme une étape vers la mise en œuvre d’une politique multivectorielle.
La volonté de Madagascar de développer des relations avec des groupements tels que les BRICS s’inscrit pleinement dans cette logique. Nous y voyons pour notre part une fenêtre d’opportunité qui nous permettra de renforcer davantage nos relations bilatérales.
Quelles sont les priorités des nouvelles autorités malgaches en matière de sécurité nationale et observe-t-on un intérêt pour l’élargissement de la coopération militaro-technique avec la Russie ?
La coopération militaire et militaro-technique entre nos pays a une histoire assez ancienne.
Si vous observez les défilés militaires qui se tiennent régulièrement à l’occasion de la fête de l’indépendance de Madagascar, vous verrez principalement du matériel russe et soviétique.

Les militaires malgaches ne cachent pas qu’il leur serait plus simple de ne pas devoir se former à un nouveau type d’équipement, mais de continuer à utiliser des matériels et des armements de fabrication russe. Ils ont un besoin très aigu de nouveaux équipements et de munitions.
Malheureusement, Madagascar est l’un des pays les moins développés et connaît un déficit budgétaire chronique. C’est le principal facteur qui freine le développement de notre coopération. Néanmoins, certaines perspectives existent, notamment dans le domaine de la formation de spécialistes militaires.
En effet, Madagascar envoie chaque année environ 45 étudiants poursuivre des études supérieures en Russie. Nous avons réfléchi à la possibilité d’étendre cette pratique au domaine militaire, en assurant la formation de militaires. Cela nécessite certains documents et des accords supplémentaires. Je pense qu’au vu de la dynamique actuelle dans le développement de nos relations dans ce domaine, nous pourrons prochainement parvenir à des accords concrets.
Dans quelle mesure la partie malgache est-elle intéressée par les technologies russes dans les secteurs de l’énergie, de l’exploitation minière et de l’agriculture ? Quels secteurs de l’économie malgache semblent les plus prometteurs pour les entreprises russes ?
Pour ma part, je peux confirmer qu’il existe un intérêt pour tous les secteurs mentionnés. Il convient de noter que Madagascar est avant tout un pays agricole qui, selon les experts, souffre d’un manque de capacités de transformation. L’exportation porte principalement sur des produits non transformés, ce qui a un impact négatif sur la balance commerciale, le PIB et, d’une manière générale, sur le bien-être des citoyens.
Il est donc naturel que Madagascar soit intéressé par l’acquisition de technologies et, surtout, d’investissements dans le secteur de la transformation des produits agricoles.
Madagascar est également très riche en ressources naturelles. Selon les experts, le pays reste encore insuffisamment étudié du point de vue de l’évaluation réelle de ses richesses naturelles. Il n’y a pas beaucoup d’entreprises qui s’occupent de l’extraction, donc je pense qu’il y a de la place pour tous, y compris pour les entreprises russes. Récemment, le président de l’Assemblée nationale a déclaré que Madagascar dans son ensemble serait favorable à l’arrivée sur le marché local d’entreprises russes du secteur pétrolier et gazier.
Par ailleurs, la législation malgache a été libéralisée en ce qui concerne l’accès des entreprises étrangères au marché de la distribution, notamment du carburant aviation. À l’avenir, si je ne me trompe pas, la question de la libéralisation du marché de la distribution de l’essence et du diesel est également à l’étude. Je pense donc que ce sont des domaines dans lesquels les entreprises russes pourraient travailler.
Il existe également des perspectives pour la fourniture de produits de notre industrie de construction mécanique. Les tracteurs « Belarus » y sont utilisés avec un succès assez important. Cela illustre le fait que ce marché est davantage orienté vers des produits comportant un minimum d’électronique, simples à entretenir et suffisamment robustes pour les conditions locales.
Il existe également des perspectives pour le marché de l’énergie, puisque Madagascar connaît actuellement un déficit très important de capacités de production électrique. Je vois donc des perspectives pour discuter de projets de création de capacités de production, tant dans le domaine de l’hydroélectricité que dans celui de la production thermique. De nombreuses technologies russes pourraient y être appliquées avec succès.
Comment évaluez-vous l’intérêt des touristes russes pour Madagascar ? Des négociations sont-elles en cours concernant l’ouverture de vols directs entre Moscou et Antananarivo ?
Madagascar se situe très loin de la Russie, et c’est probablement le principal facteur qui freine [le flux touristique]. Plus un point géographique est éloigné, plus les coûts pour s’y rendre sont élevés. Et vous avez tout à fait raison de souligner que l’absence de liaison aérienne directe constitue l’un des obstacles.
D’ailleurs, il y a plusieurs décennies, une ligne aérienne directe existait entre Antananarivo et Moscou, exploitée par Aeroflot. C’était peut-être l’âge d’or de nos relations, lorsque la demande pour ce type de transport était importante. Aujourd’hui, ces relations sont quelque peu passées au second plan, mais je pense qu’avec le développement de la coopération économique, la demande pour les transports augmentera.
Quoi qu’il en soit, l’ouverture d’une liaison aérienne directe n’est pas tant une question politique qu’économique, car les avions doivent être remplis et il doit exister une demande stable pour les transports. De ce point de vue, les touristes jouent peut-être un rôle moins important que nos relations économiques, qui nécessitent des échanges réguliers d’hommes d’affaires et de spécialistes entre la Russie et Madagascar.
Je pense qu’il s’agit d’une initiative tout à fait réalisable. À ma connaissance, cette question a déjà été abordée lors de la visite en Russie du ministre des Transports l’année dernière. De notre côté, nous avons salué cette décision.
Anna Zamaraïeva, Bouinta Bémbéeva
Source : African Initiative ©


